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Les produits structurés s’adapteront toujours, quelles que soient les conditions de marché

Par Laurène Courtaine22 janvier 2026

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Le marché des produits structurés atteint aujourd’hui une maturité qui lui permet de s’imposer comme un pilier des allocations d’actifs. Entre performance, adaptabilité et transparence, cette classe d’actifs a encore un besoin de se structurer. Entretien avec Clément Lemaire, directeur général chez Irbis.

Décideurs. Comment décririez-vous l’évolution du marché des produits structurés en 2025 ? Quelles sont les grandes tendances que vous observez cette année ?
Clément Lemaire. Le marché des produits structurés arrive quasiment à maturité aujourd’hui dans la mesure où la classe d’actifs s’installe de manière centrale dans les allocations d’actifs, auprès des conseillers en gestion de patrimoine (CGP) et des banques privées.
Si on regarde la volumétrie, c’est un marché qui a beaucoup grossi, passant sur ces cinq dernières années de 15 à 60 milliards d’euros. Le marché prend également de l’importance si l’on regarde le nombre de distributeurs intéressés. Cela s’explique d’abord par une parfaite adaptabilité de la classe d’actifs aux différents contextes de marché. Chaque produit est unique. Dans ce cadre-là, un distributeur peut construire une solution adaptée au contexte et à sa vision des marchés. Ensuite, c’est une classe d’actifs qui performe, donc les distributeurs sont satisfaits, ce qui va in fine servir la performance des clients. Entre 2019 et 2024, c’est en moyenne 7,4 % de rendement brut. Ces montants sont très au-dessus de certaines classes d’actifs et ont l’avantage d’offrir des performances régulières.
Enfin, l’évolution de la gamme a permis d’avoir une offre complète qui correspond aussi bien à des clients prudents qu’à des clients ambitieux. À l’époque, nous n’avions que des produits à capital non garanti ou avec des protections conditionnelles. Aujourd’hui, nous en avons à capital garanti. Cela s’est accompagné d’une plus grande transparence.

Justement, les produits structurés sont parfois perçus comme complexes. Comment travaillez-vous à les rendre plus accessibles et compréhensibles pour les investisseurs ?
Il y a vingt ans, ces solutions étaient très obscures, très opaques, sans détails sur les niveaux de frais. Du fait de sa construction, cette classe d’actifs est complexe, mais elle ne l’est pas dans les faits. L’essor d’acteurs comme Irbis a permis de mettre en concurrence les émetteurs de produits, ce qui permet dans une certaine mesure d’avoir des produits plus performants pour les clients. La réglementation et la démocratisation de cette classe d’actifs dans la presse les rendent également plus accessibles.

Sur les questions d’investissement responsables, les émetteurs sont la clé dans la classe d’actifs.

Clément Lemaire

Quels types de sous-jacents sont aujourd’hui les plus plébiscités par les investisseurs ?
Dans les analyses que l’on fait sur le marché, il y a trois grands blocs. D’abord, les indices optimisés, qui correspondent à une sélection entre vingt et quarante valeurs. Ils permettent d’englober plusieurs thématiques, comme l’ESG, mais également d’investir sur différents continents en même temps. Nous avons aujourd’hui un maillage beaucoup plus large des spectres de sous-jacent et un univers d’investissement plus grand.
Le deuxième bloc concerne les titres vifs, qui se font via des titres en direct ou via des stratégies de dividendes figés.
Le troisième bloc concerne les taux d’intérêt, un marché très volatil qui a offert beaucoup d’opportunités de création de produits à capital garanti.

Comment intégrez-vous les critères ESG dans la structuration des produits ? La demande est-elle réellement au rendez- vous ?
Il y a un côté très déceptif sur les questions ESG. Nous affrontons des contraintes fortes sur les moteurs de performances des sous-jacents. Le principal problème c’est que la performance n’est pas au rendez-vous.

De ce postulat, nous avons changé notre vision des choses. Sur les questions d’investissement responsables, les émetteurs sont la clé dans la classe d’actifs. Dans un produit structuré, il y a une partie obligataire et une partie optionnelle. Lorsqu’on en émet un, c’est un moyen pour la banque de collecter de la liquidité. Nous pensons donc que, pour faire de l’ESG, il faut le faire via les véhicules d’émissions (obligations vertes, obligations à impact, obligations sociales). L’émetteur va être obligé de réemployer l’argent collecté sur des projets environnementaux, sociaux, etc.
Chez nos partenaires, on note qu’il y a un rejet important des sous-jacents ESG pour des raisons de sous-performance principalement. Néanmoins certains sont intéressés par des émissions dans lesquelles 100 % de ce qui est collecté est obligatoirement réinvesti dans des projets environnementaux par l’émetteur.

Quel rôle joue la technologie dans la gestion et le suivi des produits structurés ? Pouvez-vous nous parler de votre plateforme IRBIS MAP ?
IRBIS MAP est le résultat d’une réflexion que nous avons eue avec Yves Conan et Antoine Delon sur : comment faciliter le travail des distributeurs dans le suivi des produits structurés ? Nous avons créé en 2015 le premier outil conçu pour centraliser et agréger l’ensemble du stock de produits structurés d’un CGP, d’une banque privée ou d’un family office. À l’époque, aucun acteur n’avait encore digitalisé le suivi des produits structurés de manière aussi complète.
Notre plateforme permet de piloter le portefeuille, d’avoir une visibilité sur les sous-jacents des produits structurés (indices propriétaires, thématiques, sectoriels, titres, taux d’intérêt), de donner un accès à nos partenaires à des offres clés en main en piochant un produit et enfin de découvrir l’environnement de pricing, avec la mise en concurrence des émetteurs en temps réel. IRBIS MAP englobe tout le cycle de vie d’un produit structuré, le pricing, la commercialisation, le suivi en cours de vie et le débouclage lorsque le produit est rappelé ou lorsque des coupons sont versés.

Quelles sont, selon vous, les prochaines évolutions majeures à anticiper dans l’univers des produits structurés ?
Cette classe d’actifs représente des volumes importants et la tendance est à la hausse. Parfois, il y a des produits qui sont lancés sur des secteurs qui baissent ou sur des thématiques qui ne fonctionnent pas bien, mais c’est compensé par le fait que d’autres fonctionnent très bien.
Avec un tel niveau de personnalisation de l’offre et de diversité, quel que soit le contexte de marché, cette classe d’actifs s’adaptera toujours. Néanmoins, il est important qu’elle puisse se structurer et parler d’une seule voix. C’est la raison pour laquelle nous cofondons l’association France Produits Structurés avec les plus gros acteurs du marché, qui aura notamment pour vocation de normaliser les bonnes pratiques sur le marché.

 

Propos recueillis par Clara Lelièvre, Décideurs Patrimoine

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